La mission impossible (et invisible) que nous confions aux garçons
- Dutertre Tessa
- 8 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Les hommes en cette journée de la femme
En cette journée de flemme, fleurissent de tous côtés des posts sur les grandes flammes qui ont marqué l’Histoire avec un grand H, celles qui ont permis de la réécrire. Mais aussi sur les plus extraordinaires mères, épouses, guerrières, grands-mères que le monde ait connues.
Alors je me prête au jeu. Je pose mon plumeau pour prendre ma plume.
Je sens que cette journée est portée par un désir de rétablir une certaine injustice vécue par le « sexe faible ». La domination du monde par les hommes est autorisée à être reconnue ce jour-là, publiquement et politiquement. Un peu comme le carnaval qui permettait aux riches de se déguiser en pauvres et inversement : un jour où les classes sociales s’inversent, où l’on met à l’honneur l’égalité des sexes pour mieux faire exister l’inégalité taboue qui divise le monde le reste de l’année.
Mais que se cache-t-il vraiment derrière tout cela ?
L’unique vérité est peut-être bien que les hommes et les femmes sont, au fond, très semblables. Tous faits de la même peau, de la même chair, des mêmes os et des mêmes vaisseaux sanguins.
Le sexe et les hormones qui les différencient ne sont que d’énièmes variables qui, de fait, varient d’un individu à l’autre indépendamment de leur sexe.
Nous sommes donc tous égaux dans notre unicité, et un bout de chair en plus ou en moins ne devrait jamais justifier la valeur que l’on accorde à chaque individu de l’espèce humaine.
Alors à qui LA faute ?
Si je vous disais qu’elle incombe autant aux femmes qu’aux hommes ?
Mes chères féministes, et mes chers machistes, il serait peut-être enfin temps de baisser les armes.
Devons-nous célébrer nos mères qui ont éduqué leur fils en leur confiant, dès le plus jeune âge, la lourde responsabilité de protéger la vie de la famille ? En lui donnant la responsabilité de vie ou de mort sur un autre, n’est-il pas dès lors programmé comme un Dieu vivant ? Car il me semble que ce pouvoir relève avant tout de l’Univers, de Dieu — et non de nous autres mortels.
Ou devrions-nous plutôt remercier les hommes qui ont transmis comme héritage masculin tout un tas de fausses croyances telles qu’être fort est une question d’être ou d’avoir PLUS que l’autre ? Que soumettre ses semblables est une qualité de leadership ? Que chaque vie prise rend invincible ? Qu'abuser d'une femme fait d'eux de glorieux conquérants ?
La force est une qualité individuelle, et non une arme de comparaison.
La domination n'a jamais fait grandir la force d'un individu, elle n'a fait que priver les autres de leur propre pouvoir. C'est une faiblesse qui éloigne de sa puissance personnelle.
Quel genre d’individu peut émerger de cela ?

Un enfant régi par la peur de ne pas être assez fort pour protéger sa famille de la mort, de la souffrance. Et bien oui. Breaking news : il ne l’est pas.
Et c’est bien heureux, car cela ne fait que confirmer son genre humain.
Cette programmation est, dès le départ, vouée à l’échec.
Un enfant, de par sa condition d’enfant, est par définition impuissant face à des responsabilités d’adulte. À quel moment a-t-on pensé que lui confier une tâche d’adulte — qu’il est donc incapable de réaliser — l’aiderait à grandir sainement ?
C’est comme demander à un poisson de faire la course contre un lapin dans un champ de blé. Perdu d’avance.
Et de surcroît, on va lui demander de porter la responsabilité de Dieu : protéger la vie des siens.
Même si ces fardeaux ne sont plus aussi visibles dans notre société occidentale moderne, ils continuent de se perpétuer comme un héritage de sexe : dans l’histoire familiale, dans les comportements de sauveur, dans le sur-investissement pour sa famille chez l’homme adulte, dans le besoin de dominer comme instinct de survie.
Tous ces comportements répondent à cette peur silencieuse de ne pas être assez fort — et que cela se voie.
Le corps porte cette programmation. Elle génère une tension permanente, un système nerveux en alerte « protection de la tribu » constant. Un individu déconnecté de son corps physique, prisonnier d’un mental à l'affut en permanence. Ou, à l’inverse, un effondrement. Qui se traduit par… une flemme. La sensation d'incapacité, le manque d’entrain, de motivation.« Je n’y arriverai jamais ».
Voilà ce qui est inscrit dans le système nerveux. Car cette mission, aucun être humain n’en est à la hauteur.
Au mieux, certains arrivent à faire semblant de l’être.
Mais dans tous les cas, l’enfant intérieur sait que c’est trop lourd. Et pourtant il faut absolument le cacher. "Car si quelqu’un le découvrait, je serais en danger. Ma famille aussi. Et surtout… on me rejetterait."
L’homme qui joue au Sauveur a peur d’être abandonné parce qu’il ne sera jamais à la hauteur de l’image qu’on lui a confiée.
L’homme narcissique qui joue au bourreau harcèle et méprise pour détourner l'attention de peur qu'on découvre son secret enfoui : la honte de n'être pas assez fort.
L’homme qui endosse le rôle de la victime en permanence anticipe un potentiel rejet des autres et recherche leur compassion sur d'autres sujets pour détourner l'attention (10 petites hontes gérables plutôt qu'une inavouable). Encore une fois, il cherche à éviter qu'on découvre qu’il n’est pas à la hauteur de la mission impossible qu’on lui a confiée.
Alors beaucoup d’hommes continuent de nourrir le secret.
Car s’ils en parlaient, ils admettraient une vérité jugée honteuse — qui ne l’est pourtant pas — et risqueraient de trahir le groupe. Et donc d’être exclus.
J’espère qu’au regard de ces lignes, la solution vous paraît aussi évidente qu’à moi :
Arrêtons de leur confier cette mission suicide.
Défendre la patrie, protéger sa tribu, sauver sa famille, être le héros de sa femme...
Mais comment faire, quand elle se transmet dans les gènes, dans l’Histoire, dans l’éducation et dans toutes les images de réussite sociale ?
Commençons d'abord par écouter la voix de la Sagesse qui parle à l'intérieur de nous : "Sache mon enfant que tu n'as pas à être fort. Tu n'as pas à te battre, ni à protéger la vie des autres. Ça c'est le rôle de Dieu. Lui seul a le pouvoir de tuer ou d'épargner la vie. On t'a fait croire que tu le pouvais aussi, que c'était ta responsabilité mais c'est faux. Dieu seul peut protéger de la mort. Je te libère de cette responsabilité et de ce fardeau injuste, qu'aucun homme ne devrait porter."
Et maintenant ? On crée de nouveaux modèles.
Des modèles d’hommes qui ne réagissent plus et ne réfléchissent plus en fonction de cette mission pour laquelle ils pensaient être nés. Des hommes qui s'autorisent à ressentir et à faire confiance à ce qu'ils ressentent.
Votre mission est ailleurs, pères, maris, amis, frères, fils. Elle est dans la création et l’incarnation de ce nouveau modèle.
Votre rôle est simplement de rayonner tout l'amour qui est en vous, à travers ce que vous faites et qui vous êtes. Suivez votre boussole, tant qu'elle indique la joie vous êtes sur le bon chemin. Soyez simplement heureux en faisant ce qui est juste pour tous.
Vous êtes déjà ce nouveau modèle. Plus besoin d’aller chercher à l’extérieur la validation de votre valeur ou de vos capacités.
Elle se trouve dans la voie du cœur, et non dans celle de la peur.
Avec toute ma considération et ma bienveillance,
Votre chroniqueuse d'un jour 🌿
Tessa Dutertre

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